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1960 : La reconquête
Revenons 40 ans en arrière. Au début des années 1960, le vignoble de l’Ardèche méridionale ne possédait qu’une appellation, celle des Côtes-du-Rhône du canton de Bourg-Saint-Andéol, classée par le décret du 19 novembre 1937, qui détermine l’aire d’appellation.
Toutefois, déjà en 1954 (50 hl) et 1961 (290 hl) quelques déclarations en appellations simples concernaient des Côtes-du-Vivarais, notamment de la cave d’Orgnac l’Aven, dont le classement interviendra en 1962. Mais pour l’essentiel, la production vinicole de l’Ardèche méridionale était à 99,5 % composée de vins ordinaires. Ces vins étaient vendus principalement à des courtiers, les vins de l’Ardèche méridionale ont acquis une réputation de vins de coupage. Le Couderc 13, par exemple, s’avérait être un cépage améliorateur pour les vins du Midi et ceux d’Algérie. Les vins trouvaient donc un débouché commercial relativement facile même si les prix restent modestes. Le travail de la vigne, s’il restait pénible, était facilité par la grande quantité de cépages hybrides résistants à la maladie (donc peu de traitements) et au gel.
Malgré cette facilité d’écoulement des produits (la totalité du vin est vendu en vrac et réservée à la consommation locale), des viticulteurs envisageront l’avenir. Une poignée d’hommes va percevoir le risque de privilégier une vignoble à forte production de qualité moyenne. A contre-courant, d’abord, ils vont prêcher pour une viticulture de qualité nécessitant un changement complet des méthodes et surtout des mentalités. Le pari de la qualité est lancé, sans eux, on peut affirmer que la viticulture ardéchoise aurait connu une crise profonde et durable. Deux voies parallèles vont alors se dégager (elles ne seront jamais concurrentes mais complémentaires), toutes deux soutenues par les organisations agricoles (Chambre d’Agriculture, Services départementaux, (aujourd’hui DDAF, ...) : - la première est celle menée par les vignerons de Saint-Remèze, de Saint-Montan et d’Orgnac l’Aven qui vont s’engager dans une politique de qualité qui les amènera en 1962 à l’appellation VDQS Côtes-du-Vivarais, - la seconde est celle menée par un trio de vignerons : Louis Delichères de Grospierres, Roger Champetier de Ruoms et Raymond Manent de Vinezac. L’objectif est le même : aller vers la qualité.
Cet objectif commun induit d’autres perspectives dont celle d’une maîtrise de la filière vinicole (du travail de la vigne à la commercialisation) par les vignerons eux-mêmes. Il y a là un pari ambitieux, n’oublions pas qu’à l’époque la commercialisation du vin est essentiellement tenue par les courtiers et que tout reste à créer. Mais ces vignerons précurseurs sont dans le vent de l’histoire : - les vignerons des Côtes-du-Vivarais trouveront leurs premiers débouchés commerciaux avec une “industrie locale naissante : le tourisme”. - les autres vont se trouver rapidement en phase avec la politique mise en place en 1973 dans le cadre du Plan de rénovation du vignoble méridional (dit “Plan Chirac”) relayé les années suivantes par les aides communautaires. Ces mesures trouveront toutes leurs applications dans la dénomination Vin de Pays, mise en place à partir de 1964, puis définie de façon plus précise par des décrets successifs (1968, 1970 puis 1979). Dans les deux cas, l’objectif de la qualité ne peut s’envisager avec les hybrides, il faut donc passer par une étape essentielle : la reconversion du vignoble, elle sera exemplaire.
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